Une heure pour se remuer les méninges... Que dire à un auteur, un professionnel de l''écriture quand on apprend soi-même la langue française à l''école ? Travail d''un soir de janvier...
Et bien, si les profs avaient des soucis, les élèves, eux, avaient beaucoup d''idées...
Florilège de questions...
1- Le métier d''écrivain
Pratiquez-vous la calligraphie ? Comment avez-vous pu écrire 150 pages ?Est-ce que le métier d''écrivain permet de gagner sa vie ? Combien de temps avez-vous mis pour écrire ? Est-ce que vous travaillez en dehors de l''écriture ? Pouvez-vous vivre SANS écrire ? Avez-vous écrit d''autres livres que la Nuit des Calligraphes ? Avez-vous d''autres PROJETS d''écriture en ce moment ? Depuis combien de temps écrivez-vous ? Comment devient-on écrivain ? Avez-vous fait des RECHERCHES pour écrire votre livre ? Comment vous est venue l''IDEE d''écrire un livre ? Etes-vous allée en TURQUIE chercher des informations ? Qui est FABRICE ? Mise à part l''écriture, avez-vous d''autres hobbies ?
Quelles SENSATIONS avez-vous éprouvées à la fin de l''écriture de votre livre?
2) Le livre
L''histoire est-elle vraie ? tous les personnages ont-ils réellement existé ? Etes-vous un personnage du livre ? Qui vous a raconté cette histoire ? Où avez-vous écrit ce livre ? Est-ce que Rikkat a réellement subi cette vie ? On a remarqué qu''il y avait des va-et-vient dans votre livre, pourquoi n''avez-vous pas fait un récit linéaire ? Que représente l''illustration de la couverture ? Comment a-t-elle été choisie ? Pourquoi le titre
La nuit des calligraphes ? Pourquoi Rikkat parle-t-elle plus de Nour que de Nedim ? Selim était croyant, pourtant, il s''est suicidé, ce qui n''est pas permis aux musulmans. Pourquoi ? Pour quelles raisons avez-vous commencé ce livre par "Je me suis éteinte" ? Pourquoi l''histoire est-elle aussi sombre ?
Ce livre est-il une biographie ou une autobiographie ?
Tandis que par groupes de quatre, les élèves rédigeaient les quetions, ils jetèrent sur le papier, de leur plus belle écriture, des mots-clés pour la lecture du roman. Certains mots furent recopiés sur les billets, les billets pliés et rangés dans une boîte pour être tirés au sort par Madame Ghata le lendemain...
3) Des éléments de réponse...
Notre auteur se prêta volontiers au tirage au sort et au jeu des questions.
Extrait de réponses données par Yasmine GHATA lors de sa venue au Mans le mercredi 16 janvier 2008 entre 10 heures et midi.
La Nuit des calligraphes est le premier roman de Yasmine Ghata. Elle a publié le second, Le Târ de mon père, à la rentrée 2007.
La Nuit des calligraphes est un roman partiellement autobiographique. On peut lire dans le dernier chapitre - écrit en même temps que le premier- que l''auteur a découvert des oeuvres de sa grand-mère, Rikkat Kunt, calligraphe turque, lors d''une visite au Louvre.
"J''ai l''impression que ma grand-mère venait à moi comme je venais à elle. "
De cette exposition de calligraphie ottomane est née l''idée de La Nuit des Calligraphes, une biographie fictive de la grand-mère de l''auteur. Ce qui, en témoignait Yasmine Ghata, n''a pas été sans suscité une polémique lors de la publication en Turquie de son oeuvre : pourquoi écrire la biographie fictive d''une personne réelle ?
"Plus j''étais dans le mensonge et la fiction, plus j''étais heureuse.[...] Ce livre était pour moi le moyen de me créer un patrimoine."
"Ce livre, c''est un cadeau qu''elle [Rikkat Kunt] me fait."
Le cheminement de l''écriture a été complexe. Madame Ghata, maman de deux enfants, écrit chaque matin. Jour après jour, page après page, elle écrit et réécrit chaque passage. Son travail d''écrivain a été une véritable recherche de ses racines ottomanes. Ce travail a été :
"Une manière de me venger de la mort de mon papa, de la disparition de ma grand-mère."
Pour justifier son choix de la première personne, du "Je", elle nous explique :
"Comme si j''étais dans sa peau [de sa grand-mère] et que je vengeais ce manque."
La fierté d''être originaire de Turquie émane de Yasmine Ghata. Elle s''adresse à son auditoire avec douceur et passion. Les Troisièmes semblaient à certains moments retenir leur souffle pour mieux boire ses paroles et bénéficier tout à plein de cet entretien privilégié. Ces jeunes, eux-mêmes originaires de différents pays, écoutaient l''auteur relater ses recherches sur ses origines.
L''art islamique a été le sujet des études de Madame Ghata, elle leur a montré des photographies d''objets, des reproductions de calligraphies... Grâce à elle, des mots comme "divit", "calame", ou bien toutes les pages relatives à la calligraphie ont pris corps.
Elle nous a évoqué la calligraphie comme un véritable sacerdoce, un acte religieux mêlé paradoxalement à une esthétique contrainte et une grande discipline.