La (toute) Jeune Critique, ce sont 24 lycéens français et allemands passionnés de cinéma invités à Cannes par l’Office franco-allemand pour la Jeunesse.
De fragiles petites bulles de savon célèbrent le retour du grand-père maladif à la maison. C'est Bi qui lui envoie, et de là se crée une complicité sensiblement traduite par un jeu d'acteur très juste, entre le grand-père souffrant et son petit fils Bi, illustrant brillamment l'innocence. Non seulement la performance de jeu de l'enfant est impressionnante, mais les autres acteurs sont eux aussi poignants dans leur interprétation...
Cet enfant erre entre le monde de l'usine de glace, celui de sa tante pour laquelle il éprouve une attirance particulière, ou encore l'univers rassurant du grand-père... Les personnages sont emprisonnés au sein de ce monde ; les sur-cadrages et les décors oppressants, délabrés, enferment le spectateur dans cette ambiance étouffante. Il fait chaud, les personnages étouffent et tentent de se refroidir avec des ventilateurs présents dans tous les lieux, ou bien avec de la glace fabriquée dans une usine aux multiples tuyaux et cuves immenses...
Bien que ces mondes soient différents, le lien entre tous ces univers est le sexe et le désir. Mais la tendresse et la douceur avec laquelle les cadrages sont marqués viennent contraster avec certaines scènes de sexe bestiales. C'est avec un rythme très lent et fort que le réalisateur suscite une multitude d'émotions. Il arrive à faire ressentir au spectateur l'agonie du grand-père malade en faisant précéder ces scènes de moments sensuels.
Les personnages évoluent et se retrouvent autours de la nourriture, ou encore de la glace, du feu, de la terre et de l'eau. Ces éléments présents tout au long du film ont une valeur symbolique des différents univers dont l'enfant est le lien.
C'est avec une grande poésie que Phang Dang Di nous exprime ses sentiments avec cette œuvre très réussie, mais dont l'histoire devient durant le film de plus en plus floue. Nous sommes plongés dans une ambiance étouffante et glacée, créée par un contraste entre la glace et le feu, entre le grand-père et son petit fils, entre les nuages le soleil, bref, où on se sent comme des feuilles dans la glace...
Hanoi, Vietnam. Bi, jeune garçon de 6 ans, assiste aux destins croisés de sa famille. Entre désir inavoué et passion secrète, les personnages se heurtent à leur propre souffrance et finissent par s’emmurer dans la solitude.
C’est avec une fascinante sensualité que Phan Dang Di filme la nature humaine. Tout en subtilité et finesse, son récit met en scène trois portraits de femmes et trois générations d’hommes. Leurs rapports, fondés sur la recherche d’un plaisir inaccessible, s’offrent au regard naïf et tendre de Bi, touche d’innocence au sein d’un monde d’adultes désenchantés. La douleur est là, palpable, oppressante. Elle ronge le grand-père de Bi, revenu mourir au pays après des années d’exil, empêche sa tante de faire le premier pas vers celui qui l’attire, plonge les différents protagonistes dans le mutisme... Le parfum des plantes, la saveur des plats, le silence pesant, l’érotisme des peaux moites, la paisible beauté, tout le film ramène à un cinéma de sensation plus que d’analyse, où chacun erre en quête d’un ailleurs, fait de fantasmes et d’envies.
BI, DUNG SO ! explore les corps, les livre sans pudeur, les couvre de sueur et d’envie sous-jacente pour au final atteindre les âmes. Etrangers sous un même toit, les membres de cette famille s’ignorent et évoluent en solitaire. Seul Bi fait le lien entre eux, apportant aux personnages l’insouciance et la tendresse de l’enfance qui semblent les avoir abandonnés. Comme l’indique le titre (Bi, n’aie pas peur !), le garçon ne doit pas être effrayé par les Hommes. Fil rouge de l’histoire, il la conclut par le biais d’un regard chargé d’émotion qui nous amène au terme d’un premier film très réussi.
Le réalisateur Phan Dang Di établit son film sur des questions. Nous sortons de la salle perdus, sceptiques du message qu’il à voulu transmettre. Tant de thèmes sont abordés mais aucun n’est vraiment résolu. Nous sommes libres de choisir notre interprétation, nos réponses. Le réalisateur traite dans ce film tellement de sujets qu’il est à vrai-dire difficile d’en sortir convaincu. On reste confus sans être troublés. Il y a trop de questions posées pour qu’on puisse réellement y réfléchir. La maladie, la mort, l’adultère, l’enfance. Chaque thème pose une interrogation, ce qui nous perd totalement. On ne maîtrise pas le film, on ne l’apprécie pas. Cependant, Phan Dang Di arrive à nous imposer son atmosphère. Une lumière plutôt sombre, pesante, une chaleur étouffante et un cadre soigné. Il joue avec nos sens en passant de l’extrême chaleur à la glace. Les personnages aussi nous refroidissent par leur personnalité et leur comportement, alors que d’autres nous réchauffent le cœur. Le seul problème est qu’il ne parvient pas à nous transmettre son intention d’utiliser un scénario fragmenté et porteur de sens. Un discours un peu flou, parsemé de symboles, comme l’eau, la verdure, la température, sous toutes leurs formes. Tout cela dans une situation familiale complexe, une famille désunie, sans lien, qui se retrouve autour du grand père malade, autant dans le scénario que dans le cadre. Les personnages les plus nobles sont alors Bi, l’enfant, et son grand père.
Seul un œil averti semble être capable de déceler la réelle force du film car il engendre la réflexion, une remise en question. Ce film n’est pas à voir mais à regarder. Ce film n’est pas à regarder mais à réfléchir.
« Bi, n’aie pas peur ! ». Ce titre sonne comme un avertissement pour l’avenir d’adulte de ce petit garçon vietnamien qui nous offre tout au long du film son regard neuf sur le monde cruel.
BI, DUNG SO ! , c'est avant tout un portrait de femmes qui s'émancipent du désir des hommes. Soumises en apparence, elles représentent en réalité une force et un besoin pour des hommes faibles et égarés. Ici, le père de Bi apparaît comme un personnage émouvant et cruel, puisqu’il rejette son entourage, lui-même rejeté par l’objet de ses désirs. Le réalisateur fait apparaître un parallélisme intéressant entre les hommes et les femmes sur plusieurs générations et nous offre une vision poétique et politique de la société vietnamienne. Il défend cependant une image de ce monde assez commune et ordinaire : le spectateur se retrouve devant l'éternel motif d'une mère qui souffre en silence, dominée par un mari tyrannique et l'image du patriarche sage et respecté a la veille de sa mort.
Il mélange souffrance et plaisir dans un style « sensualiste », où les corps se dénudent à mesure que les paysages s’embrasent. Ce choix esthétique laisse peu de place au dialogue. Cette œuvre est cependant riche en symboles (bulles de savon, éléments de la nature…), et le spectateur appréciera de beaux cadrages
Le scénario se centre sur les insatisfactions sexuelles des personnages. Ces problèmes sont tus, comme partout en Asie on ne parle pas ouvertement de sexualité, on ne parle presque pas. Ce mur de silence auquel le spectateur est confronté crée un choc de cultures, la nôtre étant de s’exprimer trop. Cet obstacle nous plonge donc dans l’ennui, un sentiment renforcé par la lenteur de l’action du film.
Une ombre reste pourtant au tableau, celle d’une fin trop ouverte… Malgré une recherche esthétique et psychologique intéressante, ce film reste un portrait de plus sur la société asiatique...
En plein après-midi suédois, un minibus vrombissant déboule à toute vitesse sur l’autoroute. Au volant, Sanna, jeune femme turbulente presse l’accélérateur un peu plus fort sur un rythme cru de batterie. La musique très cadencée, que l’on croyait tout d’abord hors de l’action provient en réalité du batteur jouant à l’arrière du véhicule. Cette image est une métaphore même de la musique au cinéma, lorsqu’un personnage conduit sur une musique entraînante, on ne peut que difficilement imaginer un groupe de musique jouant sur la plage arrière. Sound of noise nous rappelle ici que la musique au cinéma n’est pas réelle elle n’est là que pour procurer de l’émotion au spectateur : ici, Sanna est euphorique, elle accélère sans en considérer les conséquences.
Sound of noise oppose avec beaucoup de manichéisme un combat entre la musique classique où le public aristocratique ne se montre qu’en costume et où les salles de concert sont teintées d’or avec la musique des drummers, univers bohème, où chaque objet donnant un son est considéré comme un instrument. Sound of noise mène un combat en faveur de la musique ou de l’art expérimental à l’encontre de l’art académique.
Dans un univers où chaque bruit peut devenir un son, une musique, si l’on prend la peine de la rythmer, nos six drummers déjantés parcourent la ville détournant chaque instrument de notre quotidien.
Ola Simonsson et Johannes Stjärne Nilsson signent ici un film pouvant se qualifier comme expérimental, autant sur le plan scénaristique que sur le sujet abordé. Plutôt définir comme une « performance » du cinéma d’attraction que comme une fiction à part entière. On se souviendra de Sound of noise comme un film rythmé énergiquement au son du métronome marqué par les parties : Un, deux, trois, quatre. Les images rapprochées travaillées mettent en valeur une musique décoiffante créant un univers tout à fait déjanté et très dépaysant, un vrai bol d’air frais !
« Music for One City and Six Drummers », c'est la revanche d'une bande de musiciens déjantés semant le chaos à travers leur ville. Terrorisme musical ? C'est Amadeus contre Mozart. S'il n'est pas totalement injuste envers la musique classique, SOUND OF NOISE est un cri de révolte contre toute forme de conformisme, artistique ou social.
Drame et comédie, burlesque et sérieux, ce film mêle avec savoir-faire différents genres, pour créer une véritable œuvre de style entre noirceur et rires. Musical, il pousse l'originalité déjà frappante en accordant un rôle central à la musique, qui n'est pas ici qu'un simple ornement mais l'essence même de l'action.
SOUND OF NOISE, c'est aussi une belle réflexion à part entière sur la Musique, interrogeant la place du silence et le «bruit musical». On pourrait penser à Simon and Garfunkel pour la musique du Lauréat mais, d'après les réalisateurs, leur œuvre est davantage un hommage à un grand succès du film musical THE SOUND OF MUSIC (la Mélodie du Bonheur), qu'ils considèrent comme le meilleur film de tous les temps.
Les mélomanes avertis apprécieront dans le film de Ola Simonsson et Johannes Stjärne Nilsson une recherche sonore riche et une crédibilité parfaite entre la bande son et l'image filmique, lors des séquences «concerts». Ces deux jeunes cinéastes suédois ont signé un premier long métrage très prometteur en réunissant tous les ingrédients d'un film de qualité: intrigue policière bien menée, rythme soutenu, réflexion artistique et psychologique et sentimentalisme discret.
SOUND OF NOISE est une œuvre conceptuelle et artistique, irrésistible et précieuse, dans un monde qui néglige trop souvent l'importance de l'Art.
Amadeus Warnebring est officier de police. Bercé par la musique depuis sa plus tendre enfance, Amadeus la déteste. Un comble pour un homme dont la mère est concertiste, le père maestro et le frère cadet, Oscar, chef d’orchestre prodige. Sanna, musicienne iconoclaste, s’associe avec cinq percussionnistes hors norme afin de former un groupe dont la ville serait le terrain de jeux et les objets du quotidien les instruments.
Sound of noise est « un film musical » aux propos anarchiques, qui met en avant la musique contemporaine. Le son conditionne alors l’image. En effet, les réalisateurs suédois, Johannes Stärjne Nilsson et Ola Simonsson ont adapté le scénario à la musique, enregistrée durant quatre années. Cette adaptation particulière produit une originalité dans la mise en scène et offre la possibilité de découvrir ou de redécouvrir un genre de film peu ordinaire. Les cinéastes s’approprient donc un style décalé et jubilatoire.
Après un début sensationnel et fracassant, le rythme va decrescendo provoquant un léger ennui chez le spectateur. Seul bémol de ce scénario. Le dénouement n’est pas à la hauteur d’une première partie dynamique et mouvementée. Le public est à son aise dans cette histoire qui avance à grande vitesse malgré une fin convenue.
Laissez-vous emportez dans cet univers musical et surprenant que nous présentent ces deux réalisateurs animés par leur passion : la musique.
Marmin Aurore et Caule Laurène, Jean Cassaigne, St Pierre du Mont.
De nombreux applaudissements, la porte du cinéma se referme. Après Sound Of Noise, le son de nos voix, nous voulons crier : « Sortez ! Courez ! Allez voir ce film ! ». Une révolution. Johannes Stjärne Nilsson fait exploser l’écran. Les enceintes implosent. Nous sommes figés. Une claque. Le public aux éclats, tout le monde rit, tout le monde écoute, tout le monde vit. Tout est surpuissant : la musique ahurissante, l’image éblouissante, le jeu fabuleux, l’humour ravageur. Alliage entre musique classique et musique industrielle, pour un film brillant et atypique. Une révolution cinématographique, il réussit l’alliance parfaite entre l’image et le son. Du noir et blanc à la couleur, de la musique intense au fin silence. Il excelle. Chaque plan est convaincant, chaque note envoutante. Il nous emmène. Déchirés entre sérieux et légèreté, nous restons le souffle coupé. L’art et l’artiste sont enfin reconnus. On n’a jamais vu, on ne le reverra plus, ce film est unique. Des personnages décalés dans un récit surprenant. Multiples rebondissements : d’une vocation incomprise au besoin d’expression, en passant par l’amour et la dérision, c’est un fulgurant mélange des genres. Anticonformiste, ce film dénonce astucieusement la répression. Les personnages doivent se battre pour leur intégrité, contre leur famille et la société. Les protagonistes se révoltent.
Osmose entre le son et l’image. Les bruitages, la musique, le silence ; le cadre, les couleurs, la lumière : un final étincelant. Comme une apparition…
CHARLIER Marie et DIAZ Victoria lycée Henri-Matin Saint-Quenti
Comparer, c'est dans la nature des choses dans tout festival. Les films s'enchainent et la comparaison relève du devoir des jurés, de l'exercice des critiques amenés, de l'habitude des spectateurs.
Les films sont non seulement en concurrence pour un bon nombre de prix, mais aussi et surtout pour le précieux temps qui va leur être accordé. Les créneaux des projections sont restreints et même pour un festival tel celui de Cannes, où beaucoup moins de productions sont montrées qu'à la plupart des autres, il n'y a toujours qu'un film pour un horaire, et ce au milieu de plannings chargés. La jubilation s'en suit quand on croit avoir fait le bon choix ou bien quand la sélection du festival l'a fait pour vous. Il faut le dire, parce qu'on ne le dit pas assez souvent : il y a de quoi faire la fête à Cannes!?
L'autre comparaison quasi obsessionnelle chez les passionnés et les professionnels du cinéma: celle entre les différents festivals. Et il suffit de voir quatre films de la deuxième sélection officielle Un Certain Regard 2010 pour rendre jaloux les Berlinois : il est bien rare de voir à la suite autant de talents cinématographiques en compétition de la Berlinale, tout de même le deuxième festival au monde après Cannes. De Oliveira, Puiu, Hochhäusler, Dolan. Quatre grands noms du cinéma contemporain, quatre films forts en images, en atmosphère, en sentiments. Quatre oeuvres véritables, quatre prises de positions affranchies, classiques, modernes, postmodernes, ludiques. Des créations incongrues, par moment lourdes ou difficiles, énervantes et fatigantes, mais toujours enrichissantes et surtout qui ne déçoivent pas. C'est peut être le plus grand risque que courent les festivals prestigieux : ne pas être à la hauteur des attentes.?
Quelles attentes avoir? À Berlin, on est content de trouver, dans le potpourri des plus de 200 films présentés chaque jour, un élément frais. À Cannes, en dehors de la Sélection Officielle, on semble surtout être à la recherche de nouveaux talents, dont la découverte semble être la vraie raison d'être de ces sections. Mais celle-ci est beaucoup moins facilement quantifiable. Surtout quand les festivals sont non seulement le premier mais aussi le dernier maillon d'une chaine de plus en plus précaire de la visibilité du cinéma d'art et essai. Et quand les festivals deviennent de surcroît producteurs ou subventionneurs des mêmes films qu'ils projettent (notamment la Berlinale avec son « World Cinema Fund » et le « Talent Campus » ou Rotterdam avec le « Hubert Bals Fund », Cannes avec entre autres la « Cinéfondation »), la relation incestueuse entre les festivals, les producteurs et leurs films en arrive à un point où il devient impossible de parler de découvertes sans y mettre des guillemets. Il reste alors aux festivals, à côté de la présentation incessante des vétérans de l'art cinématographique, le rôle tout aussi important de propulseurs de talents. En fin de compte, les découvertes ne peuvent être que celles de spectateurs individuels qui se laissent emporter, toujours à la recherche, au fond, de nouveaux horizons.
La dernière nuit des vacances d’été, les destins de plusieurs groupes d’adolescents se croisent lors de soirées plus ou moins improvisées. Espérances éphémères, rêves impossibles et désirs inavoués vont nourrir leur vie de presque adultes.
THE MYTH OF THE AMERICAN SLEEPOVER est un film qui laisse une impression mitigée tant son contenu impalpable rebute et surprend à la fois. L’histoire de ces jeunes à la recherche du premier amour peut émouvoir, ennuyer ou laisser indifférent ; elle ne prend jamais réellement consistance et ne parvient que trop rarement à saisir le spectateur qui reste, contraint, sur « le bord de la route ». Le jeu des acteurs convainc, la musique séduit, et cependant on demeure à l’écart du récit. La faute sans doute à de trop nombreux ralentis ou effets de style à travers une réalisation appuyée, filmant au plus près les visages, les mains, les regards pour mieux, semble-t-il, faire ressortir l’émotion. Mais cette dernière reste absente, pour la plus grande partie du film. David Robert Mitchell braque sa caméra sur le vide, le néant des personnages et de leur existence, montre combien ils paraissent abandonnés, perdus, fantomatiques. Serait-ce donc pour cette raison que son film nous semble bâti sur un rien inintéressant, du moins au premier abord ? Qu’éprouve-t-on face à ce reflet flou et désincarné d’une jeunesse qui n’est plus vindicative : au contraire, elle a tout obtenu, tout « lâché »… ?
On ressort ainsi avec l’étrange impression d’être demeuré à la surface des choses, des êtres et des sentiments. Parallèlement, le film montre une facette de la culture américaine plutôt intéressante à travers cette approche sociologique de la jeunesse, bien que le sujet puisse très vite lasser dans son traitement. THE MYTH OF THE AMERICAN SLEEPOVER intrigue plus qu’il ne séduit, de par le cheminement de ses protagonistes, dont on devine très vite le terme, et la très grande naïveté mise en avant. Portrait d’une jeunesse en quête d’identité, ce film n’est au final ni un réel succès, ni un véritable échec, oscillant, comme ceux qu’il met en scène, entre les deux…
David Robert Mitchell nous offre un film sur les relations adolescentes. En une nuit il retrace ou définit ce qu’est : être adolescent . Côté filles et côté garçons, le jeune réalisateur décrit finement les sentiments de chacun. Un film sur une période de la vie qui nous concerne tous, ayant une vocation divertissante.
La vie adolescente est sensiblement retranscrite avec humour, évidemment par le biais de clichés. Les garçons regardent des magasines érotiques, « matent » les filles dans les supermarchés et, la nuit, ils sortent avec des œufs et du papier toilette pour s’amuser un peu. Les filles sont elles aussi à la recherche de garçons et leur jeu favori est la séance de spiritisme pour les ensorceler. Ils commencent séparés chacun de leur côté puis se mélangent au cours de la nuit. Ces clichés sont parfois vrais et amusants: chacun peut se retrouver à travers ces personnages.
La musique emmène bien le film avec beaucoup de guitares du rock à la country en passant par le jazz en big band pour les danseuses : elle impose un rythme et inspire bien la jeunesse. Celle-ci n’a pas d’âge, on pourrait parler des années 80/90, la génération du réalisateur, avec l’ancienneté des voitures, le magnétoscope qui date de ces années là mais cela n’a aucune importance, aucune date précise n’est donnée : la jeunesse est éternelle.
Tous les âges sont représentés de la troisième à l’université, tous les comportements adolescents, de la rupture difficile à la recherche du premier baiser, des petits copains dont on n’est pas amoureux aux fantasmes de jeunes ados… Sensible et intelligent, ce film, bien que très américain, exprime avec justesse la situation adolescente occidentale.
Techniquement très propre, le rythme du montage alterné et parallèle nous plonge dans une globalité et non dans « un » personnage précis. Leur identité n’est pas importante, chacun apporte sa pièce au puzzle de l’adolescence.
Ce film s’impose dans son genre, il est fin et amusant, décrit bien ce qu’est le « mythe » de l’adolescence; il doit rappeler des souvenirs à certains et les soirées pyjamas peuvent en inspirer d’autres…
On ne peut pas dire que l'adolescence soit un sujet original ou peu revisité. Pourtant ce film ne tombe pas dans le stéréotype ni même dans le cliché. David Robert Mitchell met ici en scène la vie de quatre adolescents. Finalement il est difficile de distinguer les protagonistes, eux mêmes entourés de nombreux autres jeunes. Ce film nous montre des fêtes, des « soirées pyjama » et autres activités durant lesquelles les adolescents aiment se retrouver. Rien de nouveau jusque là. Mais il se distingue par la façon dont il nous les présente. Là où d'autres réalisateurs auraient choisi une lumière plus vive, plus colorée, David Robert Mitchell, lui, joue sur une ambiance plus nuancée. Alors pourquoi cette lumière maussade pour qualifier l'adolescence? Sûrement l'auteur a voulu marquer ainsi la différence d'époque ou peut être s'en sert-il pour qualifier l'état d'esprit de ces jeunes encore si peu sûrs d'eux. On retrouve cette hésitation dans la façon de cadrer, de filmer. Le réalisateur utilise des cadrage obliques et la mise au point est parfois volontairement flou. Pourtant ce n'est pas choquant. Ces jeunes aussi se cherchent. Et, finalement, cette façon de filmer si enfantine nous renvoie à l'insouciance de ces adolescents. Nous les accompagnons en musique à la recherche de l'amour, une musique qui pourtant paraît récente et qui crée un contraste entre notre époque et ces jeunes des années 1990. Un lien en quelque sorte qui rapproche nos deux jeunesses. Malgré la différence d'époque, nous nous retrouvons tous un peu dans ce film. Il nous rencontre. Il aborde des sujets universels. L'alcool, les amis, l'amour... On peut en fait résumer ce film grâce à une de ses scènes, celle où un jeune homme demande à la fille assise à côté de lui s'il peut lui prendre la main. Elle hésite, elle finit pas accepter. C'est le temps des incertitudes.
DIAZ Victoria Saint-Quentin lycée Henri Martin the myth of the american sleepover
L'adolescence période fondatrice de la vie , permet à chacun de faire des choix pour construire un certain avenir , elle le confronte à des situations remplies d'émotions de joies mais également de malheurs . Elle lance un défi à l' adolescent dont lui seul pourra être vainqueur grâce à des valeurs morales telles que le devoir et le droit . Vainqueurs pour prendre sa place dans la société et franchir la frontière vers le monde que les adolescents appellent « le monde des grands »
The myth of the American Sleepover produit par le réalisateur David Robert Mitchell marque parfaitement l'enjeu d'une telle période . Les personnages sont pour ce réalisateur un morcellement de lui même , ils montrent à quel point il peuvent être si différents mais en même temps identiques puisqu'ils recherchent une seule et même chose : l'intégration . Ce mythe propre à ces jeunes les rassemble directement et indirectement lors d'une nuit qui sera la clé pour franchir la frontière.
Cette nuit sera pour ces adolescents le moment idéal pour remporter le défi.
L'alcool , l'eau seront les principaux moyens pour ces jeunes de se rassembler . Mais le plus important pour eux sera de pouvoir embrasser quelqu'un avant que le jour se lève.
Une véritable course contre la fuite du temps qui s'écoule aussi rapidement qu'une étoile filante, il faut donc se dépêcher pour accomplir cet acte si sacré: le baiser.
Pendant cette nuit ils y seront arrivés , tous différents mais tous affolés par la même idée d'avoir accompli le mythe.
Maggie reste seule à résister à la précipitation affirmant que la frontière ne s'affranchit pas en une nuit mais en plusieurs mois .
Ici réside peut être le message du film : Prendre son temps pour apprécier ce qui est précieux.
Armadillo. Une base militaire danoise au milieu de l'Afghanistan, loin de la civilisation, où l'humanité peut parfois se transformer en bestialité. Les militaires cohabitant dans l'enceinte de cette base se battent contre un ennemi quasiment invisible, et entre les talibans et eux s'interposent les civils. Difficile de distinguer l'ennemi de l'autochtone neutre, lorsque ceux-ci se ressemblent et que la guerre vient accentuer la méfiance.
Cette histoire, est-ce celle d'un jeu-vidéo ? Celle d'un film de guerre vantant les mérites d'une l'armée valeureuse ? Non. C'est l'histoire que nous connaissons tous par n'importe quels médias, sans imaginer comment elle se déroule vraiment : la guerre en Afghanistan. Seulement, lorsque l'on est face au victimes de sa propre peur, des cadavres horribles, il faut déshumaniser l'ennemi pour garder la tête haute. C'est justement ce que font ces soldats bien réels face à une guerre au milieu de nulle part, mais une guerre parfaitement vraie.
Ce documentaire de Janus Metz relate d'une manière bien particulière cette histoire, car la tentation de la fiction est parfois visible. Les images et les faits en deviennent beaucoup plus forts, et la qualité cinématographique devient encore plus impressionnante. L'image est souvent très esthétique, et la force qu'elle acquiert (la guerre est bien réelle) a pour effet d'emporter le spectateur au cœur du combat, au fond de l'image, bien plus loin que l'écran... La maîtrise du cadrage en devient doublement plus incroyable, car la caméra à l'épaule, obligatoire dans ce genre de conditions, n'a pas cette volonté de mettre le spectateur au milieu du conflit par des mouvements incessants ; elle est toujours stabilisée du mieux possible. L'image se confère donc elle même sa propre force.
Et si les musiques additionnelles et la bande sonore d'une rare qualité nous questionnent, rien dans cette œuvre ne vient donner un caractère « faux documentaire » car c'est avec un style sublime et personnel que Janus Metz dénonce la guerre en la montrant objectivement.
Un documentaire ne reflète jamais LA réalité mais UNE réalité. ARMADILLO est un film du réalisateur danois, JANUS METZ. Au travers de celui-ci, il nous dépeint de jeunes soldats, sous adrénaline, partis pour la première fois en guerre, au camp d'Armadillo, en Afghanistan. Ils sont comme sous l'emprise d'une drogue, elle devient un besoin, une envie, une distraction. La guerre est séduisante mais, face à la mort, on est encore plus ivre de vivre. Plus qu'un film sur l'Afghanistan c'est un film sur l'humanité. On se rend compte que l'œuvre évolue entre le documentaire et la fiction, entre la Civilisation et les archaïsmes. On peut alors être amené à se demander : Qu'est-ce que l'humanité? Qu'est-ce que la guerre?
JANUS METZ, réalisateur prometteur est allé passer 3 mois et demi sur le terrain afin de mieux comprendre la vie des soldats, leurs visions et leurs sentiments. Cependant, face à la dure réalité des attentes incessantes et à l'extrême violence des combats, il s'est vu dans l'obligation de couper cette période par plusieurs voyages. Ils lui ont été bénéfiques car ils lui ont permis de garder en vue son objectif, le message qu'il voulait délivrer et de ne pas sombrer dans une mélancolie profonde.
Le son - musique et bruits (tirs, cris...) - tient dans ce long métrage un rôle important. En effet, il sert à la dramatisation et à la véracité de l'histoire. Cette vraisemblance est, de plus, servie par l'utilisation de caméras à l'épaule et de mini-caméras sur les casques qui nous plongent, comme les soldats, au cœur de l'action. Il ne faut pas oublier que dans ce film, il n'y a pas d'acteurs mais seulement de vrais soldats danois envoyés sur le front afghans afin de combattre les talibans. Cet élément est important, c'est un documentaire. Néanmoins, cet aspect est un peu contrasté par un aller/retour du jeu vidéo à la réalité ainsi que l'uniforme des soldats qui peut nous faire penser à de vieux films de science-fiction. Il y a ici une hyper réalité qui fait que le son et les images sont plus forts qu'un discours. On s'en rend notamment compte dans les scènes où les soldats appellent leurs parents au téléphone ou encore sur le plan fixe d'un jeune homme sérieusement blessé qui surpassent tous les longs discours.
Sur le plan psychologique, l'œuvre arrive, au travers de différents portraits de soldats, à une meilleure compréhension de leurs sentiments ainsi que de leurs actions. On assiste alors à une confrontation entre la réalité et nos idéaux. Le spectateur entend les rires des soldats lors d'un débriefing après une attaque. Il sent aussi la motivation de ces hommes pour qui la guerre est une aventure, un esprit de groupe. Il prend donc conscience que les soldats ont besoin de déshumaniser l'ennemi afin de continuer au mieux leurs missions. Cela est certes compréhensible mais n'en reste pas moins choquant comme lorsque que l'on entend qu'ils les ont «tués le plus humainement possible». Comment pouvons-nous tuer quelqu'un de façon humaine?