Les élèves de la Classe de 3A ont écrit sur la sensation qui convoque le souvenir, mêlée à lui. Leurs textes évoquent le dégoût ou le plaisir, qui inscrit dans la réalité l''empreinte de l''enfance. Attentifs aux détails et à la précision qui caractérisent l''œuvre de Dominique Barbéris, les élèves sont partis à la recherche du goût, de la forme et de la couleur de leurs souvenirs.
Mise en bouche
Tous les vendredis, la famille se rassemblait autour de la table afin de déguster ce fameux couscous que la mère ou la grand-mère faisait. Ce met apparaissait comme une montagne baignant dans de la lave, les ingrédients étaient séparés : la semoule à la base, suivie des légumes et de la viande au sommet, tout ça recouvert de sauce qui rendait la semoule collante et pâteuse et lui donnait une odeur de ratatouille.
Les légumes au centre du plat, comme des cailloux multicolores au milieu de la lave dégoulinante, une fois chauds, perdaient tout leur goût et donnaient à ce plat une sensation de sec.
Cette spécialité écoeurante avait une odeur de ferme mélangée à celle du poisson pas frais.
Une fois dans la bouche, ce plat avait un goût de piment fort qui le rendait immangeable à moins d''être immunisé. Après l''avoir digéré on sentait dans la bouche les restes de semoule et de viande désagréables et pratiquement impossibles à enlever.
A chaque fois, il prenait deux à trois bouchées, à peine, et déjà il avait envie de vomir.
Jihad MAAYOUF
Mise en bouche
Tous les ans cela recommençait, après l''école, les devoirs, elle se reposait. Cependant une odeur appétissante et délicate la conduisait à la cuisine où mamie Monique tenait dans ses mains une éponge avec laquelle elle enduisait la poêle en formant brièvement des cercles de ce liquide visqueux et jaunâtre. Puis elle saisissait la louche déposait prestement la pâte.
La pâte formait quelques bulles qui se dégonflaient et devenaient de la dentelle avec des yeux brun-doré. L''enfant voulait les goûter mais sa grand-mère lui interdisait. Gwen ne pouvait déguster cette spécialité au doux parfum rhum-vanille-fleur d''oranger que quelques heures plus tard. Elle enfournait une crêpe entière dans sa petite bouche et donnait son avis tant bien que mal. «Ch'' est delichieux mamé!»... elle mâchouillait la crêpe légèrement élastique mais tendre.
Anaïs DUBOIS
Mise en bouche
Comme chaque semaine, la grand-mère préparait au petit garçon de délicieux oeufs à la coque. Il attendait ce jour avec impatience.
La grand-mère fissurait soigneusement le dessus de l''oeuf à l''aide d''un couteau et déposait le petit chapeau dans l''assiette du bambin, qui s''empressait de le manger, de peur qu''on le lui vole. L''enlèvement du chapeau laissait apparaître un or liquide. Mamie saupoudrait ensuite l''oeuf de sel et de poivre et le présentait, enfin, au petit garçon. Celui-ci se retenait de ne pas manger son oeuf, en attendant impatiemment l''arrivée des mouillettes.
BERNARD François