13h20 De service d’entrée au portail, je vois passer devant moi une dame l’air décidé. Elle rentre dans la cour. Je l’interpelle et lui dit bonjour. Je la suis et lui demande si je peux l’aider. Elle me demande de l’excuser, elle ne parle pas bien. Elle a vu son petit-fils se faire frapper. Je lui explique qu’elle ne peut pas venir régler elle-même les conflits. J’appelle les élèves concernés. Je dois rester à l’entrée et mon collègue règle déjà un autre conflit. Je demande à son petit-fils de me raconter l’histoire. Mais la grand-mère ne le laisse pas parler. « J’ai tout vu, c’est lui là » crie-t-elle. Je hausse le ton et lui demande de le laisser parler. Je finis par avoir le fin mot de l’histoire, les élèves jouaient à chat-tape ! Je les ai envoyé devant le bureau de la directrice. Je la rappelle et lui explique. Son petit-fils jouait aussi à ce jeu, il a tapé un autre élève. Elle ne veut rien entendre.
17h Réunion de parents, moment important de la rentrée. Par rapport à l’année dernière, beaucoup moins de parents présents. Ils arrivent de façon échelonné et partent en cours de route en expliquant: « je dois aller à la pharmacie » ! Encore une fois, le samedi matin était un meilleur moment pour réunir les parents. J’ai écrit au tableau la trame de la réunion. Il me manque beaucoup d’infos. L’équipe de l’inspection a changé et c’est un peu le flou. Nous n’avons pas de date pour les évaluations CE1, pas d’horaire pour la halle des sports, pas de réponse pour le projet marionnette,… On ne sait pas si le dispositif renforcement de la langue pourra avoir lieu …. Beaucoup de points d’interrogations. Je parle des nouveaux programmes aux parents. Ils n’ont pas lu le livret préalablement distribué. De toute façon, je sens bien que ça ne les passionne pas. A Chanteloup, les parents nous font entièrement confiance sur notre pédagogie. Ce n’était pas le cas quand j’ai enseigné hors ZEP. Leur seule petite inquiétude porte sur le double niveau. J’ai décidé, par anticipation, d’aborder ce sujet dès le début. A la fin de mon intervention, ils n’avaient pas de questions. Ils voulaient juste savoir comment ça se passait pour leur enfant. J’ai finalement pris un peu de temps pour répondre aux questions individuelles. Mais une autre réunion les attendait, celle de la directrice. Elle a préparé un diaporama sur les nouveaux programmes. Elle va essayer de rester « neutre ». A ce sujet, ce n’est pas toujours facile d’être fonctionnaire.
L’année dernière, la directrice avait organisé des « groupes de paroles » pour les parents le samedi matin. Au cours de la 1er réunion, les parents présents, dans l’optique d’aider leurs enfants, avaient demandé des explications sur les devoirs, les techniques opératoires etc …. Nous avons donc décidé d’organiser des réunions de parents avec les thèmes : le double-niveau, les techniques opératoires, etc …. A tour de rôle, un enseignant animait la réunion avec la directrice. J’aurais souhaité que ce dispositif soit reconduit et amélioré. Nous n’avons pas trouvé de créneau horaire en semaine satisfaisant pour tout le monde.
Vendredi 16h30 J’ai réussi à contacter par téléphone Madame J. (cf Journée 6). Elle m’a relaté les événements difficiles vécus par son fils cet été. Je l’ai rassuré sur sa réaction face à cette situation. Je lui ai renvoyé une image positive de son fils. Mme J. souhaite consulter une psychologue libéral et non la psychologue scolaire chargée d’aider les enfants présentant des troubles scolaires. J’ai promis à cette mère d’élève de la tenir informé du comportement de son fils et de son côté elle me tiendra au courant de l’évolution de la situation. Cette maman part travailler dés 7 h du matin et récupère son fils à 19h. Il lui est donc impossible de venir la semaine à l’école.L’année dernière je la voyais régulièrement le samedi matin.Concernant la suppression de cette demi- journée j’apprécie personnellement d’avoir un week-end de 2 jours mais quel dommage pour les élèves et pour la relation école/famille. Le samedi était un jour privilégié pour rencontrer les parents, plus longuement, plus facilement et pour mettre en place des ateliers avec les parents. C’était aussi le jour où l’on organisait les fêtes de l’école. Je garde un merveilleux souvenir de la matinée où les parents d’élèves sont venus en nombre à la chorale et à l’exposition de fin d’année. L’ambiance était festive. Les parents discutaient autour d’un café et la plupart sont restés. Ils s’intéressaient aux travaux de leur enfant mais aussi à ceux des autres classes. Tout le monde avait le sourire aux lèvres. Un moment qui donne envie de travailler le samedi matin !
Il y a des jours comme aujourd’hui où on se sent inutile, incompris, en colère. En colère car nous avons appris le gèle des postes de maîtres E et de maîtres de zone à la demande de l’Inspection Académique. Tous les projets mis en place sur
la ZEP depuis plusieurs années ne pourront pas être reconduits. Nous sommes vraiment de supers instits, en plus d’être enseignant, psy, assistante social, nous sommes aussi capables, sans formation, de remplacer les maîtres spécialisés. Quand les économies budgétaires s’attaquent à l’éducation, il ne faut pas s’attendre à des miracles. Encore une fois, les élèves les plus fragiles vont rester sur le bas-côté. Sur mon bureau m’attendait un courrier. Mon élève de CP, d’origine indienne et dont la grand-mère est décédée, sera de retour en France le 23 septembre. Normalement. Cet élève aura manqué le premier mois de CP. Comment vais-je faire pour le lui faire rattraper ? Va-t-il réussir à prendre le train en route ? Ma collègue, au fait de la culture indienne, a éclairé ma lanterne. Le père de mon élève, frère aîné de la famille doit assumer l’organisation des obsèques. Il doit amener toute sa famille avec lui, quitte à s’endetter, sinon l’âme du mort ne pourra pas partir sereinement. Pas toujours facile de faire concilier les coutumes ou croyances avec la scolarité.A la récréation, la directrice demande à me parler. Elle vient de recevoir un coup de téléphone de la mère d’un de mes élèves de CE1. Madame J., déjà très angoissée le jour de la rentrée, a demandé à me rencontrer. Elle est très inquiète pour son fils, il s’est fait agressé cet été. Il perd ses cheveux et elle le trouve stressé. J’ai déjà discuté avec cette maman. Je la connais depuis l’année dernière. Je suis très étonné et je n’ai pas la même impression. Son fils est très à l’aise dans la classe et dans la cour, toujours souriant. Ce n’est pas une victime, il a même le coup de pied facile. J’ai discuté en aparté avec lui. Il dit ne pas avoir de soucis à l’école mais il a mal au ventre et à la tête parfois. Il n’a pas réagi quand je lui ai expliqué que les soucis pouvaient donner ces symptômes. La maman est terriblement angoissé. Elle a eu de gros soucis avec son fils aîné, elle a peur pour son cadet. Lui transmet-elle ses inquiétudes ou suis-je passé à côté d’un problème ? Je vais voir si elle veut bien rencontrer la psychologue scolaire. Elle a besoin d’être aidé et rassuré par un professionnel. Je l’appellerai demain ….
Un élève de CP est absent depuis vendredi. Sans nouvelles, je décide d’aller me renseigner auprès de son frère aîné dans la classe de CE2. Absent lui aussi. Même constat pour sa sœur en CM2. Finalement, le père a téléphoné d’Inde. Il y a un décès dans la famille. L’année dernière déjà, suite au décès du grand-père, la famille est partie en Inde pendant 1 mois. C’est la durée du deuil. Les enfants sont déjà en difficulté, un mois d’absence à la rentrée ne va pas arranger la situation. Ils ne parleront pas français pendant toute cette période.
La directrice de l’école prépare les élections de parents. Elle a réuni les parents délégués de l’an passé. Sur 11 postes seulement 4 on été pourvus l’année dernière. Nous avons bien du mal à mobiliser les parents pour se présenter aux élections. Ils ne sont pas organisés en association. Chaque conseil d’école est assez déprimant, tous les parents délégués ne sont pas présents et ceux qui y sont n’osent pas forcément prendre la parole. Nous n’avons pas encore trouvé le moyen d’amener les parents à s’investir dans la vie de l’école. Ils parlent plus facilement à l’enseignant de leur enfant. C’est avec beaucoup de regret que je fais ce constat chaque année. Pourtant toute l’équipe pédagogique est motivée et consciente de l’importance de la relation entre l’école et les familles. Il faut croire que ça ne suffit pas.
8h50 / 9h , 10 minutes, 2 parents, 2 histoires. J’ai tout de suite remarqué le sourire radieux de A. et de son père quand ils sont arrivés à l’école. La discussion familiale, promise la veille, a soulagé A.. Il est détendu et heureux de venir à l’école. La journée démarait bien.
Une mère d’élève de CP vient me demander comment cela se passe en classe avec son fils. Je l’ai rassuré à ce sujet mais lui ai fait part de ses bavardages. En effet, il parle fort et dérange le garçon assis à côté de lui. Rien de grave. La maman sourit, on lui disait la même chose l’année dernière. Soudain, elle m’explique pourquoi elle n’a pas rempli la partie du père sur la fiche de renseignement : son fils ne le connaît pas, il l’a quitté après l’accouchement et n’a jamais donné de nouvelles : « de toute façon, il s’en fout de son fils » Seulement son fils, présent à nos côtés, a tout entendu. Je lui ai demandé d’aller jouer le temps de discuter avec sa mère. Trop tard, il est en pleurs. Après la sonnerie, il m’a fallu un moment pour le consoler et le faire monter en classe. J’en reparlerai avec la maman plus tard.