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Cellulogrammes

Le blog du projet Cellulogrammes!

 
 

Aller vers la poésie

 
17/01/2008
 

Aller vers la poésie :

 

 

 

Mon premier désir, c’est de faire sentir aux enfants qu’ils pourront faire confiance aux mots, qu’il sera peut-être même plus facile d’écrire que de filmer : dites un seul mot, il contiendra une présence humaine (techniquement c’est ce qu’on appelle « connotations »). Alors que la présence dans un plan, ce n’est pas donné facilement, il faut vraiment la faire advenir. Et j’espère que les textes y contribueront.

 

Mais à condition qu’ils existent aussi pour eux, pas seulement pour ce qui est filmé.

 

Faire accepter aussi aux enfants que c’est de la poésie qu’ils écriront avec moi, ce qui à mon sens veut dire plus d’air, de liberté, d’ouverture, pour que le texte et l’image ne soient pas collés l’un à l’autre, ne s’étouffent pas l’un l’autre. Ainsi il y aura peut-être du narratif, mais pas forcément, ou pas complètement. Pas d’impératif de véracité non plus, contrairement à l’autobiographie, du moins dans sa forme canonique : on pourra inventer des souvenirs qui seront vrais par l’émotion qu’ils dégagent pour celui qui les reçoit, lequel sera autant celui qui écrit que celui qui lit.

 

 

 

Pour toutes ces raisons, l’exercice de « La chambre d’échos » imaginé par Hubert Haddad[1] est encore une fois fabuleux. J’amène une valise de recueils, j’étale ceux-ci sur une table, chacun vient en choisir un. Mais dès qu’on a regagné sa place, il n’est plus permis d’ouvrir le livre. Il faut attendre pour cela son tour d’être désigné par un meneur de jeu, de venir face aux autres, d’ouvrir au hasard le livre pour lire ce sur quoi nos yeux tombent, entre un à quatre vers [2]. Celui qui lit découvre donc autant que ceux qui entendent. C’est une activité qui convient à tous les âges, je le sais pour l’avoir testée, et qui est toujours assez magique. Pas de meilleur révélateur de ce que peuvent des mots en compagnie d’autres mots quand ils ont été aimés (où les mots sont-ils mieux aimés que dans un poème ?). C’est aussi toucher du doigt à quel point ce n’est pas la quantité, l’accumulation qui fera leur force, au contraire (j’ai besoin très tôt de faire admettre à ceux que je vais faire écrire que certains écriront peut-être peu, mais que cela n’a aucune importance : le peu est aussi un mode d’écriture, essentiel même en poésie contemporaine). Enfin, cet exercice permet d’introduire un rapport affectif entre chacun et l’écriture de poésie par le biais du volume choisi : il a vécu l’appréhension de « mal tomber », il découvre que non, ce n’est jamais décevant, et monte alors en lui une bouffée de reconnaissance pour ce livre-ci ( en général, revenu à sa place, il ne peut s’empêcher de le feuilleter) : ce ne sont pas seulement ceux à qui il a lu qui ont reçu quelque chose, à lui aussi on a fait un cadeau, et ce cadeau vient du livre.

 


[1] Le magasin d’écriture (Zulma)

 

 

[2] d’où la nécessité de choisir des recueils qui s’y prêtent à coup sûr !

 
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Publié dans : Présentation du travail de la poête Ariane Dreyfus
 
 
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