Chers amis !
Nous avons le plaisir de vous accueillir sur le blog de notre projet « Cellulogrammes ».
Depuis Septembre, 4 classes d’établissements scolaires de Seine-Saint-Denis participent au projet et accueillent régulièrement un réalisateur, une poète, une juriste et une anthropologue qui les sensibilisent tous à leur manière à l’écriture, l’image et au son.
Le but du projet est de faire écrire aux élèves un scénario afin qu’ils le mettent en image à l’aide d’un téléphone portable, réalisant ainsi un film en plan séquence d’une durée d’une minute environ ayant pour thème « le sentiment et l’autre ». Ces films sont appelés « cellulogrammes ».
Ce blog est donc destiné à vous montrer les meilleurs moments et les derniers avancements des travaux effectués par les professeurs, les intervenants et bien sûr les élèves des quatre classes participantes. Les principales étapes y sont décrites classe par classe.
Ce blog a aussi pour but de vous permettre de réagir quant au projet, alors n’hésitez pas à nous faire part de vos impressions, à poser des questions, à exprimer votre mécontentement ou vos encouragements.
Je vous invite par la même occasion à vous prendre au jeu et à vous-même présenter sur ce blog vos propres « cellulogrammes », ou à nous faire part de vos projets pédagogiques sur les mêmes thèmes.
Toutes vos réactions nous intéressent et nous font avancer alors n’hésitez pas, à vos claviers !
Antoine Disle, producteur ; Philippe Troyon, réalisateur-concepteur.
Philippe Troyon (auteur-réalisateur) est intervenu plusieurs fois dans chacune des classes muni de son ordinateur et de son vidéo projecteur. Au fil des séances, il projette ses « outils pédagogiques », avec lesquels il initie les élèves au langage des images et des sons numériques. Un exemple d’intervention de Philippe :
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Extrait vidéo : Cellulogrammes : Du désir d'image à la réflexion sur l'image Retrouvez cette vidéo sur curiosphere.tv
Les élèves créent leurs "cellulogrammes brouillons" en respectant les contraintes et les thèmes des exercices dictés par Philippe. Ce tâtonnement va les conduire à la production d'un "cellulogramme définitif".Un objet (qu’on aime ou qu’on aime pas) Une personne (qu’on aime ou qu’on aime pas) Philippe est l’auteur-concepteur du projet, vous pouvez voir plus en détail sa démarche sur sa page internet .
Ariane Dreyfus est une poète qui participe au projet. Elle intervient dans les classes et sensibilise les élèves à l’écriture poétique. A travers divers exercices, les élèves écrivent très vite des poèmes qui surprennent par leur profondeur et leur authenticité.
Les élèves filment de nombreux « cellulogrammes » au fil des mois. Vous pouvez voir tous ces films sur le site officiel du projet .
Durant toute la période du projet, le réalisateurAntoine Vaton filme les différentes étapes, interview les élèves afin de recueillir leurs impressions. 10 modules de 3 minutes sont ainsi crées et diffusés sur le site de France 5 dédié à l’éducation :
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Extrait vidéo : Cellulogrammes : filmer quelqu'un en 3e Retrouvez cette vidéo sur curiosphere.tv
PRODUCTION Une fois la phase d’initiation terminée, l’écriture poétique et l’image se retrouvent. Les élèves sont actuellement en train d’écrire et de filmer leur film définitif à partir de ce qu’ils ont écrit avec Ariane Dreyfus. C’ est aussi l’occasion pour les enseignants participant au projet de tirer les premières conclusions Une juriste et une anthropologue interviennent en classe afin de parler du droit à l’image et de la perception de l’image selon les différentes civilisations. Cette phase de production a lieu en ce moment même et durera jusqu’au mois de Juin. N’hésitez pas à laisser vos commentaires et à poser des questions !! Nous vous tiendrons informé de la suite des événements très prochainement
Mon premier désir, c’est de faire sentir aux enfants qu’ils pourront faire confiance aux mots, qu’il sera peut-être même plus facile d’écrire que de filmer : dites un seul mot, il contiendra une présence humaine (techniquement c’est ce qu’on appelle « connotations »). Alors que la présence dans un plan, ce n’est pas donné facilement, il faut vraiment la faire advenir. Et j’espère que les textes y contribueront.
Mais à condition qu’ils existent aussi pour eux, pas seulement pour ce qui est filmé.
Faire accepter aussi aux enfants que c’est de la poésie qu’ils écriront avec moi, ce qui à mon sens veut dire plus d’air, de liberté, d’ouverture, pour que le texte et l’image ne soient pas collés l’un à l’autre, ne s’étouffent pas l’un l’autre. Ainsi il y aura peut-être du narratif, mais pas forcément, ou pas complètement. Pas d’impératif de véracité non plus, contrairement à l’autobiographie, du moins dans sa forme canonique : on pourra inventer des souvenirs qui seront vrais par l’émotion qu’ils dégagent pour celui qui les reçoit, lequel sera autant celui qui écrit que celui qui lit.
Pour toutes ces raisons, l’exercice de « La chambre d’échos » imaginé par Hubert Haddad[1] est encore une fois fabuleux. J’amène une valise de recueils, j’étale ceux-ci sur une table, chacun vient en choisir un. Mais dès qu’on a regagné sa place, il n’est plus permis d’ouvrir le livre. Il faut attendre pour cela son tour d’être désigné par un meneur de jeu, de venir face aux autres, d’ouvrir au hasard le livre pour lire ce sur quoi nos yeux tombent, entre un à quatre vers [2]. Celui qui lit découvre donc autant que ceux qui entendent. C’est une activité qui convient à tous les âges, je le sais pour l’avoir testée, et qui est toujours assez magique. Pas de meilleur révélateur de ce que peuvent des mots en compagnie d’autres mots quand ils ont été aimés (où les mots sont-ils mieux aimés que dans un poème ?). C’est aussi toucher du doigt à quel point ce n’est pas la quantité, l’accumulation qui fera leur force, au contraire (j’ai besoin très tôt de faire admettre à ceux que je vais faire écrire que certains écriront peut-être peu, mais que cela n’a aucune importance : le peu est aussi un mode d’écriture, essentiel même en poésie contemporaine). Enfin, cet exercice permet d’introduire un rapport affectif entre chacun et l’écriture de poésie par le biais du volume choisi : il a vécu l’appréhension de « mal tomber », il découvre que non, ce n’est jamais décevant, et monte alors en lui une bouffée de reconnaissance pour ce livre-ci ( en général, revenu à sa place, il ne peut s’empêcher de le feuilleter) : ce ne sont pas seulement ceux à qui il a lu qui ont reçu quelque chose, à lui aussi on a fait un cadeau, et ce cadeau vient du livre.
Cellulogrammes .Delacroix.
Carnet de bord de Marie-christine.
Séance 1.
(Jeudi 25 Octobre.)
Cette 1ère rencontre entre Philippe Troyon et la classe a été rythmée par une série d’ images qu’il a sélectionnées afin d’avoir une 1ère approche du projet et d’amorcer une réflexion que les élèves devront peu à peu acquérir.
Les élèves ont tout d’abord découvert « La Flache », court métrage réalisé par Philippe, et qui lui a permis en quelque sorte de se présenter. Ils en ont eu une lecture primaire mais leurs impressions étaient plutôt positives .
Ils ont été amenés par la suite et par le questionnement de Philippe à faire des remarques pertinentes sur les autres supports qui leur étaient présentés. Il est intéressant de remarquer que les élèves répondent en considérant l’aspect connotatif de ces images et sont déjà en mesure de comprendre que celles-ci sont chargées de sens.
La classe participe plutôt activement, certains élèves peu motivés d’habitude en classe, se montrent très intéressés et interviennent , m’étonnant par la justesse et la finesse de leurs remarques…Ils seront les premiers à me rendre les écrits que je leur ai demandé après cette séance ! Travailler à partir d’instruments plus proches de leur monde , aborder les apprentissages différemment sont sûrement la solution pour réconcilier ces élèves avec l’école.( Je rappelle au passage que ces élèves n’ont pas pu continuer une filière générale, ils préparent donc un diplôme professionnel, BEP en un an , situation qu’ils ne perçoivent pas toujours bien !)
Je ne suis pas surprise mais tout de même un peu irritée lorsque je vois l’ensemble de la classe s’agiter et réagir très fortement au moment où Philippe sort le téléphone portable qu’il va nous confier pour le projet.
Le portable est bel et bien un objet de convoitise , dont le pouvoir nous dépasse, capable de les rendre hystériques…mystère…et je perçois lors de ce moment tout l’intérêt et toute la portée de ce projet : rendre leurs actes réfléchis, calmer cette envie maladive dont ils deviennent les victimes, en leur donnant un esprit critique, en leur rendant leur individualité qui fait d’eux des êtres uniques dotés d’une créativité étouffée par un système asphyxié par la consommation..
Le premier contact avec Philippe a donc été positif dans son ensemble . Il finit la séance en leur donnant un exercice pour la prochaine rencontre , il s’agira de filmer avec un portable, bien évidemment , un objet chargé de sens pour eux.
Je suis impatiente de voir leurs premiers brouillons…..
Séance 2.
(Lundi 12 Novembre 2007.)
Je n’ai pu suivre complètement la 2ème séance car j’avais cours avec une autre classe . Je suis donc arrivée à la deuxième heure et il m’a été difficile de m’insérer dans la classe en comprenant toute la portée du discours de Philippe, je ne sais pas à quelles références il fait allusion, de quelles citations il parle …bref je ferai tout pour éviter que cette situation ne se reproduise lors des prochaines interventions . Ils sont très réactifs aux extraits de films que leur montre Philippe et l’atmosphère qui règne dans la salle est très agréable…mais je suis en décalage…,un peu frustrée, dommage.
Je remarque que les élèves ont pris des notes et qu’ils ont l’air tous très intéressés.
A la fin de la séance , Philippe leur donne un 2ème exercice, filmer cette fois une personne.
Echanges…, réflexions…
J’ai eu aujourd’hui, lors d’un cours qui a suivi l’intervention de Philippe et pendant lequel nous discutions du projet, une discussion avec les élèves de la classe concernant l’utilisation quotidienne du portable chez les adolescents. Je suis à la fois étonnée et déstabilisée par leurs pratiques et j’ aimerais comprendre le fonctionnement de leur pensée, pénétrer dans leur monde et saisir leur logique .
De questions en questions, ils me disent que pour eux filmer est une façon d’immortaliser un moment agréable pour en garder un souvenir . Ils se servent du portable pour partager un « délire ». Ces élèves me parlent de scènes banales de la vie quotidiennes : balade entre amis , petit frère qui danse…et jusque là l’image reste plutôt positive.
J’ aborde alors le sujet des bagarres…je comprends d’après leurs interventions que pour eux se battre est un acte héroïque et que diffuser ces images en valorisent les acteurs.
Filmer la violence ne les dérange donc pas et ils réagissent comme face à une fiction , ne mesurant absolument pas les conséquences que peuvent avoir ces actes.
J’apprends également que certains films peuvent être utilisés comme objet de chantage ou encore de vengeance par la diffusion qui va en être faite. Ils me donnent l’exemple d’une fille que l’on va filmer avec un garçon pour transmettre ensuite ces images à son petit ami , ou de personnes que l’on gifle par surprise alors qu’ils sont tranquillement assis dans le RER.
Je dois cachée ma révolte lorsque je les entends dire qu’ils trouvent que ces situations sont plutôt drôles. Je leur demande donc ce qu’ils penseraient de ces gestes si c’était à leurs parents que cela arrivait. Le ton change, ils se rendent compte que ces images sont terribles et font mal…
Encore une fois je suis persuadée qu’ils se pensent dans une sorte de fiction et que dans une société envahie par les écrans diffuseurs d’images (la liste est longue : télé, ordinateur, consols…) ces jeunes ne font plus la différence entre fiction et réalité.
Ces vidéos produites de façon intempestive à l’aide de téléphone portable sont donc considérées parfois comme une arme. Sortir son portable peut donc devenir un acte blessant car ces films, souvent diffusés, font souffrir les personnes filmées dont on a volé l’image.
Je mesure encore une fois les conséquences du projet Cellulogrammes :
- aller à l’encontre des pratiques habituelles de nombreux adolescents,
- faire du beau et du bien avec cet objet qu’ils affectionnent tout particulièrement…..
…Peut-être allons-nous commencer à changer le monde ?!
Remarques …
Je tiens à souligner à ceux qui pourraient penser que ce projet peut avoir des dérives, car je rappelle que l’utilisation du portable est interdite dans l’établissement par le règlement intérieur, qu’à aucun instant je n’ai eu à régler des problèmes de portables en classe. Les élèves ont très bien compris à quels moments ils pouvaient les sortir de leurs poches et nous trouvons ensemble que ces manipulations pendant le cours sont plutôt drôles.
Je crois que s’il n’y a pas de dérives c’est parce qu’ils ont compris que l’équipe du projet leur fait confiance et que le portable peut devenir un outil de création.
Il en est de même pour le téléphone que nous a confié Philippe, il circule d’élève en élève sans aucun soucis.