La musique, dans le monde arabe, occupe une place particulièrement importante. Son existence dans cette aire régionale est attestée depuis plusieurs millénaires grâce à des fouilles archéologiques menées en Arabie saoudite mentionnant l’existence de lyres sur des peintures rupestres.
Les savants arabes comme leurs prédécesseurs grecs la considéraient comme une branche des mathématiques, ce qui donna lieu à d’importants travaux théoriques. Savante, populaire, urbaine, rurale, religieuse, profane, la musique arabe est diverse, multiple et complexe.
De tous temps, elle accompagne rituels et fêtes religieuses, nationales ou familiales. Cette grande diversité a quelque peu été estompée en France, par la médiatisation, dans les années 1970, du raï originaire de la ville d’Oran (Cheikha Remitti, Khaled, Cheb Mami). Les initiés connaissent, et savourent l’écoute du luth (‘ûd). Instrument majeur dans la musique arabe, il apparaît au VIIe siècle, et ses proportions idéales sont fixées au Xe, Mounir Bachir ou Nasser Chamma étant parmi ses représentants les plus pointus et les plus exigeants. La question de la notation de la musique arabe est souvent posée tant celle-ci semble issue d’un patrimoine lointain transmis de maître à élèves par l’observation et la pratique.
Pourtant, le système de notation occidental sera introduit à partir du XVe siècle. La pratique restant un élément centrale pour les ornementations et les « broderies » qui plongent l’auditoire en état de tarab (effets tant physiques que psychologiques). Initialement vocale, la musique arabe devint instrumentale sous l’empire Ottoman, et cette tendance s’accentua jusqu’au XXe siècle. Ceci dit, le jeu des instruments reste calqué sur le chant et le renforce. Autre particularité, les intervalles entre les notes - propre à cette musique - lui donnent une sonorité qui la rend identifiable parmi d’autres. L’agencement de ses intervalles forme une structure appelée mode. La musique arabe est donc modale.
Traversée par d’innombrables routes commerciales, la civilisation arabo-musulmane se développe des confins de la Chine à l’Andalousie. Dotée d’éléments structurels qui la fondent et la définissent, elle s’enrichit des apports des vieilles civilisations orientales (Perse, Mésopotamie, Egypte ancienne…) et assimile l’essentiel de l’héritage gréco hellénistique et indien.
Partis de la péninsule arabique, la langue arabe et l’islam connaissent un développement extraordinaire sur un territoire immense, intégrant une mosaïque de peuples, de langues et de cultures qui les enrichissent. Dans ce contexte, de multiples foyers scientifiques naissent et prospèrent du VIIIe au XVe siècles. Maison de la sagesse, établissements d’enseignements, bibliothèques, observatoires, hôpitaux, écoles de traduction foisonnent grâce, notamment, à la volonté politique et au mécénat des califes abbassides, omeyyades et fatimides, puis après le morcellement de l’empire, des potentats locaux.
Ainsi, les savants issus de diverses origines géographiques, ethniques et religieuses ont en commun la langue arabe, qui demeurera durant des siècles la langue scientifique par excellence. Un important mouvement de traduction de l’essentiel des œuvres scientifiques et philosophiques grecques se développe des VIIIe au IXe siècles ainsi que les textes mathématiques fondamentaux.
Alchimie, chimie, algèbre, mécanique, physique, médecine, pharmacopée, astrologie autant de disciplines qui connaissent d’innombrables innovations et développements durant l’âge d’or (du VIIIe au XVe siècles environ). Cet extraordinaire mouvement scientifique influence fortement les arts de l’Islam : architecture - arts décoratifs - musique - calligraphie.
La calligraphie (du grec callos, beauté et graphein, écrire) est l’art de bien former les caractères d’écriture.Art majeur dans la civilisation arabo-musulmane, cette expression artistique est l’une des plus anciennes et probablement l’une des plus caractéristiques.
Née du besoin de magnifier le Texte par excellence, le Coran, la calligraphie fut également un art politique et administratif : les sultans étaient en effet accompagnés de leur calligraphe lequel traçait leur sceau complexe et majestueux, la thoughra. Déclinée sur les supports les plus variés : papier - céramique - métal - pierre -verre - tissu et adoptant les styles plus divers (une centaine de styles se sont formés) dont les plus significatifs sont le cursif (naskhi) et le carré (koufi), la calligraphie est un art vivant dans les pays arabes. Titres de journaux, revues, livres, affiches publicitaires, plaques de rues en sont les meilleurs exemples.
La calligraphie arabe utilise un calame (roseau taillé en biseau) dont la préparation s’établit en quatre étapes : ouverture - fente - taille - coupe, et des encres lorsque celle-ci est sur papier. Traditionnellement la préparation des encres était le fait du calligraphe lui-même. La différence de couleurs lui permettant de distinguer alors les points diacritiques des lettres elles -mêmes.
Pratiqué par terre ou sur une table, l’art de la calligraphie requière une souplesse des doigts pour aboutir à des lignes fortes et élégantes, écrites de la droite vers la gauche, sens de l’écriture arabe. La calligraphie est régie par des règles très strictes au service des variations stylistiques. La notion de mesure apparaît alors comme centrale. Le point est l’unité de mesure par excellence. Parallèlement la lettre « alif » est prise comme référence (utilisée pour déterminer le diamètre d’un cercle fictif), sa largeur est d’un point et sa hauteur varie de trois à douze points selon les styles de calligraphie. Outre la mesure, la notion de rythme apporte une musicalité au texte à travers répétitions, espaces réguliers et allongements horizontaux. Le calme et le silence s’installent et apportent à l’écrit toute sa poésie.