Les résultats de nombreuses recherches montrent que l’échec scolaire frappe de façon injuste et que, selon leur origine, les enfants n’ont pas les mêmes chances de réussite. Loin de s'atténuer, ce mouvement semble s’être accentué depuis quinze ans. Sans doute n’a-t-on pas su penser, avec l’allongement de la scolarité, un collège adapté au plus grand nombre. Sans doute aussi ne prête-t-on pas suffisamment attention à certains facteurs aggravants.
Une femme jeune d'origine favorisée, ayant épousé un cadre ou un professeur…
Certaines études montrent qu’au moment de la mise en place du collège unique, tandis que les élèves de milieu populaire accédaient en grand nombre au collège, puis au lycée, le recrutement des enseignants allait vers un « embourgeoisement ». Le rapport à l’« ignorance » de certains élèves n’était sans doute pas du même type chez « les hussards noirs de la République » issus du monde paysan et ouvrier, qu’il peut l’être chez le professeur –type de collège aujourd’hui : une femme jeune issue de classe moyenne ou supérieure, mariée à un cadre ou un enseignant.
A-t-on anticipé sur les effets de cette évolution ? La lecture des phénomènes d'incivilité, de violence que fait une femme jeune, étrangère à la culture populaire de ses élèves, risque d’être fortement marquée par les codes propres à son milieu d’origine.
Une étude de Thin et Millet sur ce qu’ils nomment « les corps indociles » des enfants issus du milieu populaire : gestes, attitudes corporelles, rapport à l’espace … montre qu’ils peuvent être facilement stigmatisés par leurs enseignants en raison de cet écart aux usages et à la norme scolaire.
Un manque d’attention à ces données – moins présentes que certaines autres dans les mentalités- ou une interprétation hâtive de certains comportements, peuvent être lourds de conséquences sur le parcours scolaire de ces jeunes.
Par Nicole Priou, rédactrice aux « Cahiers Pédagogiques ». Formatrice.