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L'échec scolaire n'est pas une fatalité!, par Nicolas Anoto
L'échec scolaire est une source de souffrance, de débat, et de profit. Acadomia & Cie, les affiches du métro en témoignent, n'ont rien à gagner à la lutte contre l'échec scolaire. Pour moi, qui enseigne depuis 2 ans en banlieue parisienne, l'échec scolaire, ce n'est pas qu'un mot, c'est une mosaïque de visages et de souvenirs...des élèves, des parents, mais aussi des collègues, rencontrés au hasard de mes affectations, notamment en ZEP, plus ou moins combattifs et confiants face à ce terrible ennemi.
L'échec scolaire, ce n'est pas un microbe qui se propage, et pas non plus un héritage contre lequel on ne peut rien. L'échec scolaire, c'est le fruit de méthodes pédagogiques conservatrices et inadaptées, d'origines socio-culturelles défavorables, et enfin, d'un fatalisme exacerbé de la société envers un phénomène qui n'est traité qu'à la marge, quand il est déjà trop tard.
Comment le détecter? J'ai quelques exemples. Sophie, qui travaille beaucoup, obtient des notes très moyennes, et souffre. William, qui bouge sans arrêt sur sa chaise, souffre terriblement de ne pas pouvoir s'exprimer. Coralie, passe sans redoubler depuis la sixieme car on a supprimé les redoublements sans prévoir de dispositif alternatif, et elle a baissé les bras. Sophie, William, Coralie ne sont ni des faineants, ni des rebelles, ni des attardés...Ce sont des enfants que le système éducatif français n'a pas pu et n'a pas voulu aider. Ce sont de futurs adultes, qui toute leur vie, se rappelleront avec d'une formation initiale où ils n'ont été ni accompagnés, ni aidés...ni écoutés.
Je veux lutter contre l'échec scolaire. Je ne veux pas céder au découragement. Je ne veux pas me laisser aller, considérer que je ne peux rien ou même, accuser mes élèves. J'accuse le système éducatif, de reproduire les inégalités sociales en s'adressant aux élèves issus de milieux favorisés, cultivés. J'accuse le principe de « liberté pédagogique », clamé par les différents ministres de l'éducation qui se sont succédé depuis 2002, d'empêcher toute rénovation et toute harmonisation des méthodes pédagogiques pratiquées en France. J'accuse la séparation des disciplines et des filières, le caractère uniquement disciplinaire de la formation des enseignants, d'anéantir la cohérence et le sens des enseignements proposés.
Seul, je ne peux pas faire grand chose. La première année, j'ai joué sur les notes. Coralie ne dépassait pas 6, inoxerablement, un jour, j'en ai eu marre, j'ai trafiqué le barême et elle a eu 11. Surprise. Joyeuse. Et aussitôt confiante, elle a eu 9,5 au contrôle suivant, sans bidouillage! Mais cela n'a pas suffi, et Coralie, a la fin de l'année, a été « envoyée » au lycée professionnel. J'ai voulu individualiser mes consignes lors de ma 3ème année d'enseignement, j'ai noté mes élèves de troisième pour la progression dans les compétences défaillantes que j'avais pu observer (ex. argumenter, être précis, etc;). Ca a marché, les progrès étaient réels, mais c'était déjà la fin de l'année, les parents « hurlaient » pour avoir des notes...J'ai multiplié les exposés, les travaux de groupe, j'ai tatonné, mais j'ai perdu beaucoup de temps, cette obsession des enseignants d'histoire-géographie, qui veulent « finir le programme ».
Le système tout entier doit changer, ou mes efforts seront vains. Les cours doivent faire sens pour motiver les élèves. La pédagogie différenciée doit être enseignée aux profs pour permettre de prendre en compte tous les élèves et de démocratiser réellement la réussite scolaire. Les rythmes scolaires doivent être=2
0refondés pour prendre en compte les rythmes biologiques de l'enfant, assoupi au cours de 8h, follement exité au cours de 15h...C'est une révolution éducative qui peut seule, empêcher l'éducation nationale d'être délaissée et laissée au secteur marchand...où les élèves deviendront non plus des citoyens élevés par l'esprit critique, mais bien des consommateurs en herbe, dénués d'autonomie!
Cette évolution doit être voulue, portée, revendiquée non seulement par les enseignants, leurs syndicats, mais aussi et surtout par toute la société: élèves, parents, tout le monde, un jour ou l'autre, passe par l'école! C'est la condition du changement et d'un investissement profond de toute la société, d'un investissement sur le long terme, pour l'Ecole.
Par Nicolas Anoto, enseignant et rédacteur du blog ProfMilitant
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