Délégué général de la Semaine internationale de la Critique, Jean-Christophe Berjon a guidé les lycéens pendant les délibérations de la (Toute) jeune critique. Après plus de deux heures de discussions enflammées, c'est le film irakien "Sirta la gal ba" ("Whisper with the wind") du réalisateur Shahram Alidi qui est finalement choisi pour recevoir le prix. Sélectionneur, animateur, grand connaisseur et un brin blagueur, Monsieur Berjon nous a livré ses réactions juste après le verdict des lycéens.

Êtes-vous content que "Sirta la gal ba" ("Whisper with the wind) remporte le Prix de la (Toute) jeune critique?
Je respecte totalement le choix des jeunes, même si je n'aurais absolument pas voté pour celui-là! Ce film est culotté. Il vient d'un pays auquel on ne pense pas souvent en termes cinématographiques. Il a été tourné dans des conditions très précaires voire dangereuses. Le réalisateur kurde a dû se battre pour le faire. Pour toutes ces raisons, on peut se réjouir du fait qu'il soit primé.
Ce choix vous surprend-il?
Je suis épaté que les jeunes aient eu envie de défendre ce genre de cinéma, même si j'ai l'impression qu'ils ont un peu sous-estimé d'autres films qui étaient pourtant à leur portée. Une chose est sûre: ils ont été touchés par les films les plus grandiloquents. Leurs deux premiers choix étaient des films qui évoquent tous les deux la guerre, la mort! J'ai beaucoup travaillé avec les adolescents et je sais qu'ils aiment traiter de ces thèmes-là.
Comment qualifieriez-vous le déroulement de la discussion?
Le film qui a eu le plus de voix lors du premier tour de table est celui qui gagne à la fin. Il y a donc une cohérence! Par ailleurs, j'ai trouvé le débat autour du film "Adieu Gary" particulièrement intéressant. Ce film, qui parle d'intégration, a été défendu par un lycée un peu moins "protégé" que les autres. Mais leur voix n'a pas vraiment été entendue par les autres, qui n'ont pas du tout accroché.
Est-ce difficile de ne pas intervenir dans les débats?
Très difficile! C'est horrible! Mais c'est leur prix, leur bébé. Ils ont passé une semaine à travailler, à penser autour de ces films là. Il ne faut les priver de cet "accouchement" J'ai dû me refréner pour n'intervenir que sur du factuel. Mon rôle est de leur donner des clés mais en aucun cas de me prononcer sur leurs jugements personnels. Je suis intervenu seulement deux fois pour recadrer le débat. Je leur ai rappelé qu'on ne peut pas demander à un film cérébral d'être poétique et inversement. Il faut comparer ce qui est comparable… Quand "Altiplano" a été éliminé parce que les jeunes détestaient tous la dernière scène, je n'ai rien dit. Mais ensuite, je leur ai dévoilé que nous l'avions sélectionné précisément pour cette séquence finale!
Propos recueillis par Eva John et Romy Strassenburg.