A l''image de Shoichi Nakagawa, son ancien ministre des Finances en état d''ébriété au G7 de Rome, le Japon se prépare à une longue gueule de bois. Déjà mal en point, l''économie nippone dévoile de nouvelles statistiques qui sont loin d''être rassurantes. En janvier, les exportations ont chuté de 45,7% sur un an. Cela se traduit par un déficit commercial record de 952,58 milliards de yens (7,9 milliards d''euros), selon le ministère des Finances. Il s''agit du plus important déficit depuis 1980 et de la plus forte baisse des exportations jamais enregistrée. En particulier, les exportations de voitures reculent de 66,1% dont -80% vers les Etats-Unis et -70% vers l''Europe. Les pays d''Asie, premiers clients du Japon, ont aussi réduit leurs importations de 46% sur un an (électronique grand public, voitures, composants électriques…). Pour les grandes entreprises (Toyota, Sharp, Sony, Panasonic, Nissan), cela risque de se traduire par des pertes colossales. "Le Japon est particulièrement vulnérable à la crise économique mondiale car le commerce est au centre de son économie", a souligné Pascal Lamy, le directeur général de l''Organisation mondiale du Commerce (OMC), en visite à Tokyo le 25 février. La demande intérieure est aussi en berne. La consommation des ménages a dégringolé de 5,9% sur un an en janvier. C''est sa onzième baisse mensuelle consécutive, a annoncé le gouvernement vendredi 27 février. En janvier, la dépense moyenne de consommation d''un ménage japonais s''est établie à 291.440 yens (environ 2.430 euros). Et même pour les ménages salariés, dont le revenu moyen a augmenté de 1%, les dépenses ont reculé de 5,7% sur un an. Ces ménages représentent 60% de la consommation japonaise. La dégradation du marché de l''emploi n''est pas étrangère à cette morosité. Les emplois les plus précaires (CDD, intérim, travail partiel…), très utilisés dans l''industrie, sont les premiers touchés. Sur 1,5 million d''intérimaires au Japon, près de 160.000 auront perdu leur emploi entre octobre 2008 et fin mars 2009, estime le ministère du Travail. Un chiffre qui pourrait atteindre 400.000 pour le seul secteur manufacturier où sont concentrés les deux-tiers de ces travailleurs, selon l''association des agences d''intérim. L''ampleur des réductions de postes suit un recul de 10% de la production industrielle en janvier par rapport au mois précédent et de 30,8% sur un an. La production automobile accuse une baisse de 41% en janvier sur un an soit une baisse de 400.436 unités. Les usines japonaises ont fait appel, durant les trente dernières années, à de plus en plus d''emplois flexibles pour mettre en place les méthodes de flux tendus (hausse temporaire mais importante de la production pour répondre à la demande). Selon les données du service économique de l''ambassade de France au Japon, la part des emplois "non réguliers" est passée de 17,6% en 1987 à 33,5% en 2007 dans l''emploi total. L''intérim, longtemps inexistant au Japon, a été complètement libéralisé en 2004. Pour autant, fait surprenant, le taux de chômage japonais a connu en janvier une baisse surprise, s''établissant à 4,1% contre 4,3% en décembre, alors que les économistes s''attendaient en moyenne à ce qu''il grimpe jusqu''à 4,6. Selon les calculs du FMI, en 2008, le PIB (produit intérieur brut) a cédé 3% au quatrième trimestre 2008 par rapport à la même période en 2007. En 2009, la croissance est attendue en repli de 2,6%. Plus alarmiste encore, l''agence de notation financière Standard & Poor''s, dans un rapport rendu public jeudi 26 février, évoque une chute de 4% du PIB en 2009. Pour le Premier ministre japonais, Taro Asso, "Il faudra trois ans pour guérir totalement de la récession internationale". Une longue gueule de bois.